L’éveil n’est pas une ascension
- 14 déc. 2025
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Il arrive parfois qu’un matin se lève trop vite.
La lumière glissant sur les choses sans les toucher.
Les pierres n’ont pas encore livré leur mémoire,
la terre n’a pas ouvert ses veines,
et déjà l’homme se croit arrivé au jour.
Il marche alors avec un soleil d’emprunt dans la poitrine,
un feu qui éclaire sans brûler,
une clarté polie, sans cendre ni cicatrice.
Il parle de source sans avoir bu,
de mer sans avoir traversé la houle,
de sommet sans avoir connu la fatigue de l’ascension.
Il y a des éveils qui ressemblent à des mirages.
On y entend le chant de l’eau avant même d’avoir quitté le désert.
On s’y pare de mots vastes comme des horizons,
mais les pas, eux, n’ont pas quitté le cercle.
C’est un printemps peint sur une vitre froide,
beau de loin, mais sans sève.
La nature, elle, ne triche pas.
Le chêne ne se proclame pas arbre avant d’avoir lutté contre le vent.
La rivière ne se dit libre qu’après avoir heurté la roche.
La graine ne rêve pas de ciel tant qu’elle n’a pas accepté la nuit de la terre.
Tout ce qui vit vraiment accepte d’abord de se perdre.
Il en va de même pour l’âme.
Il existe une lumière qui flatte
et une lumière qui dépouille.
La première rassure,
la seconde enlève.
Elle retire les masques comme le vent ôte les feuilles mortes,
sans colère, sans discours,
simplement parce que l’hiver doit passer.
Alors quelque chose se fend.
Non pas dans le monde,
mais dans la manière de s’y tenir.
Les certitudes tombent comme des toits trop légers.
Les belles phrases se taisent.
Il ne reste qu’un souffle nu,
un être face à lui-même,
sans costume de sagesse,
sans récit pour amortir la chute.
C’est là, que commence le vrai travail.
Dans cette clairière intérieure où l’on ne sait plus quoi dire,
où l’on cesse de briller pour apprendre à voir.
La conscience n’y est plus une couronne,
mais une veille.
Une attention humble,
semblable à celle du berger dans la brume,
qui connaît chaque pierre parce qu’il s’y est déjà blessé.
S’éveiller n’est pas monter.
C’est descendre assez profondément
pour que la peur perde son pouvoir,
pour que l’ombre cesse d’être une ennemie
et devienne une compagne de route.
Ce n’est pas ajouter de la lumière,
c’est enlever ce qui empêche de la laisser passer.
Quand cela arrive, rien n’est spectaculaire.
Le monde est le même,
mais il pèse autrement.
Les gestes deviennent plus lents,
les paroles plus rares,
et le silence n’est plus un refuge,
mais un lieu habité.
Alors seulement,
sans proclamation ni drapeau,
quelque chose s’aligne.
Non pas l’ego et le ciel,
mais l’homme et sa vérité.
Et dans cette simplicité retrouvée,
il n’y a plus besoin de dire “je suis éveillé”.
Il suffit d’être là.
Comme la terre après l’orage.




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